Doha le 25 avril 2016, la politique de l’autruche ne fait pas disparaitre le danger

Les institutionnels se persuadent entre eux qu’ils sont sur la bonne voie, le Qatar n’échappe pas à cette règle. Comment se sentir « bien » en tant que qatarien, lorsque plus de 90 % de la population est étrangère au pays dont certains particulièrement mécontents.

 

Il vaut mieux affronter les difficultés que de les « maquiller » par une communication

Après avoir vécu une vingtaine d’années extraordinaires, le Qatar risque de marquer le pas s’il ne priorise pas ses difficultés. Les bulles s’accumulent, hausse de l’endettement des particuliers et de l’état, bulle immobilière chez les particuliers et dans l’hôtellerie par un surdimensionnement dans certains segments du parc, aggravement de l’image de marque du Qatar à cause des mauvaises conditions de travail des expatriés de bas niveau de qualification, décrochage d’une partie de la population qatarienne, manque d’engagement pour aller travailler dans le privé, taux de divorce galopant, problèmes de santé de la jeunesse… La liste pourrait être longue mais notre objet est plus d’attirer l’attention des autorités qatariennes que de pointer du doigt.

La crise économique qui arrive trop tôt au Qatar doit être pris au sérieux. Les institutionnels se persuadent entre eux qu’ils sont sur la bonne voie, le Qatar n’échappe pas à cette règle. Or, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur le Qatar doit affronter les difficultés et ne pas chercher à les « maquiller » par une communication. La mise à niveau, à marche forcée, des infrastructures et de la défense nationale engage des sommes considérables, au moment où elles deviennent plus rares. La dépendance aux hydrocarbures est trop importante malgré des efforts élevés pour s’y soustraire. La concurrence avec l’Iran sur le gaz pourrait dans les mois à venir peser sur les revenus de ce secteur primordial pour le Qatar. Il sera intéressant de suivre le contrat entre le Qatar et l’inde qui est loin d’être anodin.

Jeune état, le Qatar comme ses voisins du Golfe, à une liberté de la presse étrécie, ne dispose pas d’institutions démocratiques capables d’exprimer une opinion différente du pouvoir en place, s’appuie sur une planification à 2030 qui montre ses limites, et veut aller souvent plus vite que la musique. S’il dispose pour l’instant d’une sécurité intérieure assez solide, tout porte à croire que les ingrédients explosifs se coagulent. Le chiffre qui fait froid dans le dos est celui de la population étrangère qui représente désormais plus de 90 % de la population totale. On a beau expliquer au qatarien moyen que la police veille, celui-ci partout où il se retourne ne voit que des expatriés dont certains particulièrement mécontents.

Il devient urgent pour le Qatar d’affronter les difficultés plutôt que de les « maquiller » par une communication. La politique de l’autruche ne fait pas disparaitre le danger.