Les gilets jaunes, un jour devront renverser la table

Voici maintenant 5 mois que nous, gilets jaunes, sommes dans les rues de France pour défendre notre pouvoir d’achat ainsi que notre démocratie. Mais qu’en est-il réellement ?

Le 17 novembre 2018, la naissance d’un mouvement social sans précédent

Pour comprendre, nous devons rappeler ce qui a provoqué cette crise, incitant les gilets jaunes à sortir dans les rues, c’est d’abord une crise du pouvoir d’achat. En effet, l’augmentation de la taxe carbone impacte directement les français les plus modestes ainsi que ceux qui sont obligés d’utiliser la voiture pour leurs déplacements.

L’État justifiait cette hausse de la taxe carbone par un besoin écologique modifiant notre façon de nous déplacer, en changeant de voiture diesel pour une électrique. Cependant, en même temps qu’une étude paraissait pour défendre la voiture diesel, une autre pointait le bout de son nez pour attaquer la voiture électrique qui pollue tout autant qu’une voiture diesel confirmant ainsi qu’il n’est pas forcément nécessaire de passer à l’électrique.

Nous voilà donc dans les rues pour défendre d’abord notre pouvoir d’achat. Ce fût d’abord une grande expérience pour nous car à moins d’être un partisan politique ou un militant syndicaliste, nous n’avions pas l’habitude de nous retrouver pour crier à l’injustice. La force de notre mouvement est cette capacité à mettre de côté les clivages qui divisent dans notre pays : la religion, la politique et le syndicalisme. Avant toute chose on est citoyen français et fier de l’être.

Notre objectif est clair : nous demandons une augmentation de notre pouvoir d’achat et il n’est pas question de parler d’autre chose. Mais ça, c’était seulement la première semaine voir la deuxième.

En effet, il a vite été question de récupération politique et de trahison. D’abord la trahison. Un appel à la grève des syndicats routiers en même temps que le lancement du mouvement, mais très rapidement la désillusion se fait sentir lorsqu’un responsable syndical quitte Matignon en annonçant abandonner cet appel à la grève. C’est à ce moment-là que nous, gilets jaunes, nous sentons abandonnés, trahis, oubliés de ceux qui sont censés nous représenter.

Pour la récupération politique, c’est de bonne guerre pour un parti d’opposition au gouvernement de s’approprier une crise sociale en se disant être le parti sauveur de notre détresse ! Là où nous avons bien joué, nous les gilets jaunes, c’est que nous avons été en mesure d’accepter les partis politiques au sein du mouvement mais avons su empêcher la récupération politique. Et c’est une bonne chose.

En revanche, je pense que nous avons fait erreur dès le début, de dire que nous étions apolitique plus qu’appartisan et de rejeter la politique dans son ensemble plutôt que la classe politique actuelle. Ce que je dis là n’engage que moi et ma pensée, ainsi que ceux qui partageront mon avis, mais la politique se définit par la gestion de la vie de la cité et par conséquent on ne peut pas composer sans la politique. Enfiler notre gilet jaunes était un acte politique, il était donc nécessaire de se structurer et de mettre en place cette organisation horizontale et pyramidale au service de l’horizontalité plutôt que l’horizontalité au service du pyramidale.

Le gouvernement ne donnera pas satisfaction aux gilets jaunes

Cinq mois après je fais le constat que le gouvernement n’apportera pas de réponse à la crise des gilets jaunes – pour ce constat vous n’aviez pas besoin que je vous le dise pour le savoir – et que plus les semaines passent plus la réponse apportée est la répression. Ils ne s’arrêteront pas tant qu’il n’y aura pas un policier devant la porte de chaque opposant politique avec accord pour sortir. Evidemment je vais dans un cas extrême qui n’est qu’une image pour démontrer que la répression subie est forte.

On peut donc se demander pourquoi ce gouvernement ne nous écoute donc pas ?

Eh bien il se peut qu’il y ait une explication… en effet, écologie et pouvoir d’achat ne vont pas l’un sans l’autre c’est d’ailleurs le fondement de notre système capitaliste qui puise dans les ressources de notre chère et tendre planète bleu. Alors pourquoi ?

Au XXe siècle quand est venu le temps de promulguer le capitalisme on disait ceci : les riches deviendront très riches et les pauvres moins pauvre. Évidemment, dit comme ça, ça peut faire  envie ! Mais ça, évidemment, c’est sur la base que nos ressources sont inépuisables, sinon comment faire ? Eh bien là est toute la question !

Nous sommes à un moment crucial de notre système qui semble se casser entièrement ! Nous puisons dans des ressources qui ne sont pas inépuisables alors même que la démographie n’a de cesse de s’accroître. Il apparaît évident, donc, que le système capitaliste ne peut pas perdurer comme il le fait. Et moi, qui ne suit ni expert ni spécialiste, si je sais ça, vous devez vous douter que le gouvernement en sait plus que ce qu’il veut nous dire.

Pour lier ce que je viens de vous dire à la crise des gilets jaunes, nous pouvons donc penser que le gouvernement est en train de creuser le fossé entre les pauvres et les riches de manière à pouvoir avoir la main sur les ressources restantes sur notre planète. Les riches auront des moyens de pression pour garder le contrôle et les pauvres n’auront qu’à se soumettre pour servir ces mêmes riches en échange de quoi vivre. Bah oui, comment voulez vous que les riches vivent s’il n’y a pas de pauvre pour les servir ?

Il arrivera un jour où les ressources sur notre terre deviendront insuffisantes pour tous nous combler et donc, viendra un jour où nous devront nous battre entre nous pour survivre.

C’est pourquoi, selon moi, le gouvernement ne mettra jamais en place une véritable démocratie car notre système veut que l’humain passe au second plan derrière l’argent tandis que nous, gilets jaunes, souhaitons que l’Humain passe au premier plan.

Nous voulons mettre fin aux profits qui accroissent la pauvreté. Nous voulons un système de santé au service de l’être humain et une éducation nationale portée d’avantage sur l’éducation populaire…

Seulement… pour y parvenir nous ne pouvons plus continuer comme nous le faisons car nous ne pouvons que déplorer, week-end après week-end d’avantages de blessés, sans compter les morts des semaines précédentes. Nous devons nous organiser, structurer, infiltrer le système existant, tel un cheval de Troie, et renverser la table lorsque nous serons en position de force.

Un grand merci  Antonio pour me laisser écrire dans ton journal numérique.

Teddy Lemaire – Gilet Jaune



2 Comments

  1. Ni les marches du samedi sur tout le territoire, ni les pseudo parti politique gilets jaunes ou autres affiliés… ne seront la solution. Le malaise est trop profond, la grogne monte depuis la province (souvent appelé France profonde), l’histoire nous a prouvé que les révoltes naissent en province… et finissent à la capitale. Aucun conflit n’a été réglé par le pacifisme ou par un parti politique, au contraire souvent rejeté par le peuple. Le peuple français est souverain et il ne se laissera certainement pas encore manipuler par les politicards à en devenir…Cher Teddy, il faudrait que tu t’informe plus de ce qui se passe sur les réseaux sociaux parce que la solution est entrain petit à petit de se structurer et je suis au regret de te dire qu’elle n’est pas celle que tu as choisi. Bon courage à toi.

    • Cher Joël,

      Je tiens à te rassurer je suis parfaitement au courant de ce qui ce passe à la fois sur les réseaux sociaux et à la fois sur le terrain car je suis très actif. Mais je te remercie de me rappeler ce que j’ai à faire. Je te remercie aussi de te sacrifier pour les autres en pensant m’annoncer une mauvaise nouvelle comme si la messe était dite dans le mouvement et que la lumière était enfin apparue pour nous dire comment faire. Incroyable tout de même.

      Je ne me laisserai pas insulter de politicard à en devenir même si je suis dans une action purement politique. Ce qui pose soucis c’est que la réputation que les classes politiques, successives, se sont faites, se répercutent aujourd’hui sur des personnes innocentes qui n’ont qu’à cœur de bien faire leur travail pour le bien commun. Alors oui, je suis sans doute un politicard mais pas un politicard comme les autres et je ne te permet certainement pas de me juger de la sorte, si c’est ce que tu fais ( attention, lis bien la phrase avant de monter sur tes gonds et de croire à une quelconque attaque ).

      L’assemblée des assemblées est une bonne chose si tenté qu’elle ne tombe pas dans les travers de la politique comme le fait de chipoter pendant des heures sur le fait de ne plus parler de municipalité mais de communalité. Sur le fait également qu’une assemblée devra apporter une proposition à l’assemblée des assemblées et qui elle-même se réserve le droit d’émettre des orientations. C’est ça l’horizontalité tant désirée ?

      Cher Joël, tu as raison aucun conflit ne s’est résolu dans le pacifisme est c’est une raison pour justifier la violence d’un éventuel prochain conflit ? C’est comme un enfant disait bah mon frère il a fait ça alors moi j’ai le droit ! C’est d’une intelligence. En 2019, avec les moyens que nous avons, je pense que nous pouvons trouver des accords pacifiques pour y parvenir. Trop de blessés, trop de morts, il faut arrêter ce bain de sang qui ne fait que le jeu de l’oppresseur et non celui de l’oppressé.

      Bien à toi.

      Teddy

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