Le regroupement des abonnés ne signifie pas le retour des Ultras

Lorsqu’on écoute les expressions publiques de ceux qui se réclament du « supporterisme » ultras à Paris, on peut s’interroger sur l’avenir de ces supporteurs particuliers ? Un dialogue sans rapport de forces est une vue d’esprit utopique et une méconnaissance absolue des négociations.

Les Ultras auront-ils intérêt à revenir au Parc des Princes ?

D’aucuns s’interrogent sur qui à terme va participer à nouveau, « sans embrouilles » à la vie du Parc des Princes mais aussi aux déplacements du club à l’extérieur ? Plusieurs choses nous semblent obscures ? En effet, depuis quelques jours, le possible retour des ultras au Parc pose plus de questions qu’il n’en résout.

Chacun doit être conscient que ce qui s’est passé pour le match Paris – Bordeaux est avant tout un regroupement d’abonnés, nouveaux membres du Collectif Ultras Paris (CUP) dispersés dans le Parc et une douzaine d’ultras pour les encadrer et animer la tribune Auteuil. Les autorités, en particulier la Préfecture de police, n’ont pas hésité à « offenser » 6 membres responsables de cette association juste pour faire un exemple stupide.

La question se pose concernant le retour de ces supporters qu’on appelle les ultras et qui en plus ne sont pas tous dans le CUP ? Combien sont-ils ceux qui ne peuvent accéder au Parc à cause des interdictions sur la période de 6 années de répression ? Peut-on imaginer une amnistie partielle à terme pour une grande partie d’entre eux, alors que les interlocuteurs qui les ont réprimés sont toujours chargés de la sécurité interne et externe du PSG ? Par quel trou de souris les ultras devront-ils passer pour revenir supporter leur club chéri ?

Invité du Top Afterfoot du 30 septembre sur RMC, James un représentant de l’ADAJIS structure parallèle et complémentaire du CUP, parle d’un long processus pour que des rapports de confiance, puissent perdurer entre le club, les autorités et les supporters déjà abonnés. Tout en expliquant que pour « les personnes qui ne sont pas présentes au Parc, » leur retour n’est pas à l’ordre du jour, même si cela reste un objectif. James parle d’un « dialogue » mais qui n’est pas obligé d’aboutir. On retrouve là, la théorie avancée par certains avocats ou juristes qui parlent de « médiation.» Les ultras ont-ils remis tout leur destin aux mains des avocats ou gèrent-ils en direct leur retour ? Aujourd’hui la confusion règne, sur les plateaux de TV ou sur les ondes des radios, on entend plus les juristes que les membres du CUP et ou les ultras.

L’insertion dans le cadre imposé par la Préfecture de police et en partie par le club interroge l’histoire des ultras. Cela heurte les valeurs historiques d’autonomie et d’indépendance. Assiste-t-on à une évolution réelle des ultras en 2016 ? Nicolas Hourcade, sociologue indiquait dans un de ses ouvrages : «  Les ultras revendiquent leur autonomie par rapport aux dirigeants du club. L’acte fondateur des premiers groupes ultras a été de rompre avec les associations officielles de supporters inféodées au club. »

La marge pour ceux qui défendent les intérêts des supporters parisiens et en particulier des ultras est des plus réduite. S’ils sont perçus comme collant trop au cadre imposé, nul doute que l’histoire se reproduira et les ultras resteront en « autonomie ».

Les ultras à terme auront leur propre stade éphémère

A la question « les Ultras auront-ils intérêt à revenir au Parc des Princes ? » la réponse pour l’instant paraît simple, la question ne se pose pas, puisque ils ne sont toujours pas les bienvenus, ni pour la Préfecture, ni pour le club, ni prioritaires pour certains de ceux qui les représentent. On accepte, en attendant la présence de quelques-uns pour organiser le spectacle lors des matchs. Il faudra pour les ultras qu’ils pensent à facturer cette prestation au club car c’est de cela qu’il s’agit.

En attendant, faisant preuve d’imagination dont il ne manque pas, le « mouvement ultras » ne pourrait-il pas organiser dans un lieu autre que le stade ou un « stade éphémère », sa vision de ce que devrait être « le supporterisme » tel qu’il le conçoit ? Avec les moyens modernes, les expériences comme lors de l’euro 2016 avec les « Fans Zones », il pourrait disposer d’une base dont il a besoin pour reprendre l’initiative et ne pas attendre sur la touche son retour hypothétique dans un stade. Le dialogue a ses limites s’il n’est pas situé dans un contexte de rapport de forces. Les ultras sont animés par une passion et disposent d’une technicité que personne ne peut égale ; s’ils ne peuvent aller au stade, à eux d’imaginer que le stade vient à eux dans un lieu privé qu’ils maitrisent.

fan-zone

Je laisse la conclusion de ce premier essai encore à Nicolas Hourcade « Cet intérêt porté à la présentation et à la mise en scène de soi témoigne de l’activité réflexive des ultras sur leur propre pratique. Le comportement d’ultra ne va pas de soi : il suppose une réflexion sur ce qu’il doit être. » (Extrait de La France des « ultras »).