Discours de Tamim bin Hamad al Thani à l’Assemblée générale des Nations Unies, en 2021

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Siège des Nations Unies – New York 21 septembre 2021, à l’occasion du débat général de la 76ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies.

L’émir du Qatar :

Son Excellence le Président de l’Assemblée générale,

Son Excellence le Secrétaire général des Nations Unies,

Honorable Audience,

Je tiens à féliciter Son Excellence Monsieur Abdullah Shahid pour avoir assumé la présidence de la soixante-seizième session de l’Assemblée générale, lui souhaitant plein succès et réussite dans sa mission. J’exprime également notre gratitude à Son Excellence Monsieur Volkan Bozkir pour ses efforts dans la direction des délibérations de la soixante-quinzième session de l’Assemblée générale.

J’adresse mes félicitations à Son Excellence Monsieur António Guterres pour sa réélection en tant que Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies et nous lui affirmons notre soutien dans sa mission.

Antonio Guterres (archives)

Honorable Audience,

Notre réunion d’aujourd’hui qui se tient en présentiel, et non à distance, sous le thème de « Miser sur l’espoir » envoie un signal important du retour à un cours normal de la vie, sans abandonner, bien sûr, les moyens de protection et de prévention; et ce après une période difficile que le monde a connue et connaît encore en raison de la pandémie de Covid-19 qui a fait des millions de victimes et d’innombrables crises humanitaires, sociales et économiques.

Cette épreuve difficile à laquelle l’humanité continue d’être confrontée a révélé des failles et des vulnérabilités dans notre système de sécurité collective, et nous a inculqué, par la même occasion, beaucoup de leçons, dont l ‘importance de l’ équilibre entre le souci de la santé des personnes et la rotation du circuit économique qui leur garantit, en même temps, leurs moyens de subsistance. Cette épreuve a révélé aussi l’importance de la synergie entre le rôle indispensable de l’État sur son territoire d’une part, et son rôle face aux enjeux transfrontaliers et les engagements communs pour affronter les défis, les crises et les catastrophes d’autre part.

Nous affirmons notre soutien à la réalisation des priorités incluses dans la vision présentée pour cette session, et nous soulignons la nécessité d’une distribution équitable des vaccins, d’assurer leur accès aux pays du Sud, et de garantir le traitement pour tous, ainsi que la nécessité de coordonner les efforts pour lutter contre une autre épidémie, qui est celle des fausses nouvelles, des théories de conspiration et du scepticisme sans précédent quant à l’utilité des vaccins qui a également déferlé sur le monde pendant cette pandémie. Une épidémie qui continue à entraver la propagation nécessaire des vaccins tant qu’elle continue d’exister.

Je note ici que l’État du Qatar a adopté une approche équilibrée et efficace pour lutter contre la pandémie et ses impacts sur la santé et l’économie au niveau national. L’expérience a montré ,toutefois, que le succès de cette confrontation dépend des politiques et des capacités de l’État, notamment dans le domaine de la santé publique, mais aussi du degré de responsabilité des citoyens et de leur niveau de conscience. Partant de son partenariat avec la communauté internationale pour faire face aux crises mondiales, l’État du Qatar n’a pas épargné ses efforts pour apporter son soutien aux institutions internationales compétentes et à se tenir aux côtés des pays touchés par la pandémie puisque nous avons continué à pourvoir des fournitures médicales et à répondre à d’autres besoins liés à la lutte contre l’épidémie et ce grâce à l’Alliance mondiale pour les vaccins et l’immunisation, au soutien de l’Organisation mondiale de la santé et à l’initiative humanitaire pour fournir des vaccins pour les groupes les plus vulnérables et les pays les plus nécessiteux.

Honorable Audience,

La question des conflits préoccupe l’Organisation des Nations Unies et lui impose de nombreuses et lourdes charges depuis son institution . La région du Moyen-Orient constitue malheureusement la source d’une grande partie de ces charges .En conséquence, le Qatar considère la contribution dans la résolution pacifique des conflits l’une de ses priorités, notamment en mettant en avant les concepts de sécurité collective, car il n’y a pas de sécurité, ni de stabilité, ni de développement ni de vie humaine digne, en période de conflits. Nous avons toujours été soucieux d’instaurer un climat de paix, de stabilité et de coopération dans la région. Au Golfe, notre environnement direct, à titre d’exemple, nous avons, à maintes reprises, souligné l’importance du Conseil de Coopération pour les états arabes du Golfe, ainsi que notre engagement à régler tout différend par le dialogue constructif . La déclaration d’Al-Oula, publiée par les dirigeants du Conseil de coopération du Golfe en janvier dernier, est venue concrétiser le principe de la résolution des différends par le dialogue fondé sur les intérêts communs et le respect mutuel . Et nous sommes confiants de consolider ce consensus entre les frères. D’autre part, nous voyons qu’il n’y a de solution aux différends et aux divergences des points de vue avec l’Iran que par le dialogue rationnel sur la base du respect mutuel . C’est le cas de la question du retour à l’accord nucléaire avec l’Iran. Je pense que personne n’a d’alternative à cette approche, même ceux qui s’opposent à un retour à l’accord.

Honorable Audience,

Cette année a été marquée par de nombreuses violations israéliennes à Jérusalem-Est occupée, des agressions répétées contre des lieux saints islamiques et chrétiens, en particulier la Sainte Mosquée d’Al Aqsa pendant le mois béni du Ramadan, et la réquisition des maisons des Palestiniens dans le cadre des politiques de judaïsation et de colonisation .Cela a été suivi d’une escalade militaire dangereuse dans la bande de Gaza, ayant fait des centaines de victimes parmi les civiles non armés et exacerbé la situation humanitaire déjà désastreuse dans la bande.

La communauté internationale assume la responsabilité de parvenir à un règlement pacifique, global et juste de la question palestinienne en établissant l’État palestinien sur les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale, aux côtés de l’État d’Israël, en mettant fin à l’occupation des terres arabes, et en trouvant une solution équitable au problème des réfugiés .C’est ce sur quoi la communauté internationale s’est mise d’accord depuis des décennies, mais elle ne trouve pas le moyen de le mettre en œuvre malgré les risques que comporte cette question quand elle reste en suspens.

Du fait de ces atermoiements continus, apparaissent de temps à autre ceux qui croient que la cause palestinienne pourrait être marginalisée dans l’agenda international, ou qu’une question nationale profondément enracinée pourrait être contournée en mettant en avant des idées telles que l’amélioration de la situation économique de la population sous l’occupation au lieu de démanteler l’occupation.

Récemment, la question de l’expulsion des habitants de Sheikh Jarrah et de Silwan, la prise d’assaut de la mosquée Al-Aqsa par les colons, et les réactions de colère palestiniennes, arabes et internationales sont venues réaffirmer une fois de plus la centralité de la cause palestinienne ,et qu’il y a aucun moyen de contourner cela.

Honorable Audience,

La décision du retrait des Américains de l’ Afghanistan après des négociations avec les talibans a constitué un tournant très important pour ce pays . Il est de la responsabilité du peuple afghan dans toutes ses composantes d’abord, et de la communauté internationale ensuite, de travailler de manière systématique et persistante pour parvenir à un règlement politique global et d’ouvrir la voie à la stabilité dans ce pays qui a longtemps souffert des ravages des guerres.

Accords de Doha (2020)

Comme vous le savez, le Qatar n’a ménagé aucun effort pour aider à évacuer des milliers d’individus et de familles de différentes nationalités au cours des dernières semaines .C’était notre devoir humanitaire . Mais la chose la plus importante que je voudrais souligner, c’est que nous étions convaincus que la guerre n’offre aucune solution, et qu’à la fin il y aura un dialogue . C’est sur cette base que nous avons agi en accueillant le bureau de Taliban lorsque nos partenaires internationaux nous ont demandé d’ouvrir et de favoriser un dialogue direct entre eux et Taliban à Doha. Et il s’est avéré que cette position était la bonne.

Nous continuerons, en coordination avec nos partenaires internationaux, à fournir tout ce qui est en notre pouvoir pour que les gains tangibles qui ont été obtenus, dans le cadre de la voie de Doha, soient préservés, et que les parties respectent leurs engagements. L’État du Qatar assure sa position ferme sur la nécessité de protéger les civils, de respecter les droits de l’homme, de lutter contre le terrorisme et de parvenir à une solution politique globale pour garantir la sécurité et la stabilité au peuple afghan.

 Nous soulignons ici l’importance du soutien continu de la communauté internationale à l’Afghanistan à ce stade critique, et de séparer le domaine de l’aide humanitaire de celui des divergences politiques .Nous soulignons également la nécessité de poursuivre le dialogue avec les talibans, car le boycott ne conduit qu’à la polarisation et aux réactions, alors que le dialogue pourrait apporter des résultats positifs.

La question en Afghanistan n’est pas une question de victoire ou de défaite, mais plutôt celle de l’échec à imposer un système politique de l’extérieur. Et, indépendamment des intentions, des efforts fournis et de l’argent investis, cette expérience s’est effondrée en Afghanistan vingt ans après.

Le monde est parvenu à des conclusions exactes à cet égard. Mais il faut éviter de sombrer dans le contre-extrémisme quand les grandes puissances abandonnent leurs obligations en matière de paix mondiale, de garantie de mise en œuvre des conventions internationales et de protection des civils des crimes de guerre . Il y a une différence entre imposer la tutelle à d’autres pays et entre s’acquitter de ses devoirs dans la mise en œuvre des résolutions et des conventions internationales . Il est également irrationnel que de grandes puissances imposent à d’autres pays la forme du système politique qu’ils jugent appropriée par la force des armes d’une part, et de refuser, d’autre part, de soutenir des pays qui ont atteint le même système de gouvernement souhaité par la volonté de leur peuple, et sans ingérence extérieure.

Honorable Audience,

Une décennie s’est écoulée depuis la crise en Syrie, qui avait commencé par un soulèvement pacifique et s’était transformée en une catastrophe humanitaire en raison de la guerre menée par le régime contre son peuple, et les forces armées extrémistes qui en ont profité. La continuité de la crise charrie de grands risques sur la Syrie elle-même ainsi que sur la paix et la sécurité dans la région et dans le monde, y compris l’exacerbation de la menace terroriste.

 Il n’est pas acceptable de négliger la question syrienne, ni que la communauté internationale tourne le dos aux souffrances du peuple syrien, comme cela s’est produit récemment lors du bombardement de la ville de Deraa et d’autres. Il viendrait un jour où nous nous souviendrions avec grand regret de cette négligence de la souffrance humaine face à l’injustice.

La communauté internationale doit redoubler d’efforts pour mettre fin à cette crise par la solution pacifique conformément à la Déclaration de Genève-1 et par la mise en œuvre de la résolution 2254 du Conseil de sécurité avec toutes ses composantes et préserver l’intégrité régionale et nationale de la Syrie ,sa souveraineté et son indépendance.

Concernant la question libyenne, les évolutions positives dont la Libye a été témoin au cours de l’année écoulée incitent à un optimisme prudent .Le cessez-le-feu, la convocation du Forum de dialogue politique libyen, l’élection des représentants de l’autorité exécutive intérimaire et l’obtention du Gouvernement intérimaire d’unité nationale de la confiance du parlement sont autant d’évolutions positives. Nous appelons toutes les parties libyennes à préserver ces acquis, à garantir la pleine mise en œuvre de ce qui a été convenu sur les plans politique, économique et sécuritaire, à faire réussir le bon déroulement des élections et à œuvrer pour la réalisation de la réconciliation globale.

S’agissant de la crise au Yémen, où la guerre a conduit à une situation humanitaire tragique et à des risques de division pouvant, à leur tour, conduire au déclenchement d’autres conflits, l’État du Qatar affirme son attachement à l’unité et à l’intégrité territoriale du Yémen, et assure sa position ferme selon laquelle la seule issue à la crise passe par la négociation entre les parties yéménites sur la base des résultats du dialogue national, l’Initiative des pays du Golfe et les résolutions appropriées du Conseil de sécurité , en particulier la résolution 2216.

Une interminable guerre

Honorable Audience,

Ces jours-ci coïncident avec le cinquantième anniversaire de l’adhésion du Qatar aux Nations Unies le 21 septembre 1971. Au cours des cinq dernières décennies, les relations entre le Qatar et l’organisation internationale ont été caractérisées par une coopération étroite et l’établissement de partenariats exemplaires dans divers domaines .Le pari du Qatar sur les institutions internationales et la coopération multilatérale est un pari stratégique. Dans ce contexte, nous affirmons que nous continuerons à contribuer au soutien des organismes des Nations Unies, et à honorer nos engagements dans les questions identifiées par la communauté internationale comme prioritaires à ce stade.

Nous sommes heureux que Doha soit la capitale de l’action multilatérale internationale dans notre région, qui a un besoin urgent du travail et des efforts des agences des Nations Unies et des institutions internationales, alors que ses bureaux à Doha ont commencé à travailler, et dans ce contexte , nous attendons avec impatience l’ouverture prochaine de la Maison des Nations Unies à Doha.

En parlant de l’ONU et des enjeux mondiaux auxquels l’humanité tout entière est confrontée, et qui mettent en évidence la nécessité de son rôle, je me réfère ici à la participation de l’État du Qatar aux efforts internationaux pour lutter contre le terrorisme et s’attaquer à ses causes en soutenant l’éducation, en luttant contre la pauvreté et le chômage chez les jeunes et en résolvant les conflits qui constituent également un générateur de terrorisme.

Je souligne aussi la dépendance croissante du monde vis-à-vis des technologies de l’information et des communications modernes dans tous les aspects de la vie, de l’éducation et même jusqu’à la sécurité et l’économie. Mais d’un autre côté, le monde a ressenti les effets de l’utilisation abusive du cyberespace, notamment la pénétration de la sphère privée, le piratage international, et la grave menace que cela fait peser sur la sécurité et la stabilité de la communauté internationale. De ce fait, nous renouvelons l’appel à l’ONU pour qu’elle dirige le processus d’unification des efforts pour prévenir l’utilisation abusive des progrès scientifiques en matière de cyber sécurité, et qu’elle organise cet aspect vital sur la base des dispositions du droit international.

Honorable Audience,

Le changement climatique reste l’un des défis les plus importants de notre époque, avec ses effets désastreux sur tous les aspects de la vie des générations actuelles et futures , ce qui nécessite la poursuite de nos efforts conjoints pour faire face à ces effets, et nous espérons que la prochaine conférence des Nations Unies COP 26 à Glasgow, au Royaume-Uni, sera un tournant vers la concrétisation de l’ambition de la communauté internationale. À cet égard, nous notons que l’État du Qatar a placé le changement climatique au premier plan de ses priorités, et continue de prendre les mesures nécessaires pour développer des technologies liées au changement climatique et aux énergies propres. Nous les présenterons à cette conférence en novembre prochain.

En conclusion, notre responsabilité commune et le destin commun de l’humanité nécessitent l’attachement des valeurs de partenariat dans les relations internationales pour réaliser l’intérêt de nos peuples et le bien de l’humanité.

Je vous remercie. Que la Paix, la Miséricorde et les Bénédictions d’Allah soient sur vous.

(Traduction non officielle)

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