Turquie, le retour des Frères Musulmans sur la scène internationale ?

 La Turquie sera probablement le point central d’un islam moderne, d’un islam conquérant. En votant pour une présidentialisation le parlement turque fait de  Recep Tayyip Erdoğan le “conducteur” de la Turquie. Le nouveau Tamkine (projet) des Frères Musulmans passe-t-il par la Turquie ?

 

Depuis le 15 juillet 2016, Erdogan est devenu la lumière qui éclaire le « sentier »

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a décidé d’affronter la « terre entière », s’il le fallait, pour dérouler sa vision de l’histoire. Ne pouvant attendre des décennies, il a provoqué et laissé faire un « surprenant coup d’état » qui n’avait aucune chance d’aboutir. Il avait besoin d’accélérer le cours de l’histoire de son pays. Une fenêtre s’ouvrait à lui, notamment pour quelques mois avant l’arrivée d’un nouveau président aux USA. C’est dans cette période qu’il fallait agir en démultipliant ce qu’il a entrepris depuis trois ans.

Pour soutenir un homme politique il y a besoin de connaître ses idées et son projet, or cette façon de voir les choses est dépassée en Turquie. Depuis le 15 juillet 2016, Erdogan est devenu la lumière qui éclaire le « sentier ». Depuis ce jour, la situation en Turquie est simple à comprendre, toute personne qui ne suit pas Erdoğan sur son sentier, est un ennemi potentiel et doit être mis à l’écart de toute responsabilité dans le meilleur des cas.

Qui peut l’arrêter dans sa démarche ? Il connait bien les européens et les américains et il a su se rendre indispensable. Au-delà des mots, ils ne feront rien ! Les autres pays et puissances ne comptent pas vraiment à ses yeux. La démarche de Recep Tayyip Erdoğan devrait apparaître aux yeux de tous prochainement, faire de la Turquie le point central d’un islam moderne, d’un islam conquérant.

 

L’échec égyptien des Frères Musulmans

L’islam est-il compatible avec la politique ? Le débat risque d’être alimenté à nouveau et plus vite que certains le pensaient. Chacun se souvient de l’échec de Morsi en Egypte. Un président élu démocratiquement, appartenant à la « Confrérie des Frères Musulmans ». Enfin, une possibilité d’expérimenter le projet de la gestion d’un grand pays et mettre en valeur les principes de la Confrérie énoncés depuis des décennies. Un immense espoir de démontrer que l’islam est compatible avec la politique. Mais le « projet de gestion d’un grand pays » ne fut pas à la hauteur de la situation. Il n’avait pas été actualisé, ses fondements inappropriés au monde actuel et sa communication désastreuse. On aura rarement vu autant d’incompétences dans le monde politique. Sa mise en pratique fut incomprise et rejetée par une bonne partie de la population.

Les nombreux adversaires, Arabie saoudite en tête avec ses satellites et l’armée égyptienne firent le reste. L’estocade fut portée par le maréchal Al Sissi qui se paya le luxe de se faire élire à son tour « démocratiquement » président de l’Egypte. On connaît la suite, l’élimination de tout ce qui avait un lien avec la Confrérie qui paie encore aujourd’hui un énorme tribut. L’armée est au pouvoir en Egypte et la plus grande force organisée au Moyen Orient, la « Confrérie des Frères Musulmans, » obligée de rentrer en clandestinité, même le Qatar a été contraint de renvoyer quelques cadres de la « Confrérie » et pire, prié de raccrocher le wagon des autres pays du Golfe.

Même l’expérience tunisienne est sous surveillance rapprochée. Le seul pays où les Frères Musulmans restent droits  dans leurs bottes, c’est la Turquie d’Erdogan.

 

La Turquie un laboratoire grandeur nature du Tamkine des Frères Musulmans

Alors que l’Arabie saoudite et ses satellites croyaient avoir refermé le couvercle de la lampe magique, de ceux qui pensent que l’islam et compatible avec la politique, voilà que la Turquie, le dernier grand bastion des Frères Musulmans, pourrait expérimenter en grandeur nature le projet ou Tamkine que des savants musulmans ont préparé dans leurs locaux en Suisse. Si le débat avec l’Organisation de l’état islamique est impossible, celui avec les Frères Musulmans risque d’être beaucoup plus complexe, car ils proposent une alternative au désordre ambiant au Moyen Orient. A ce jour ni les américains, ni les anglais, ni les européens dans leur ensemble ne considèrent les Frères Musulmans comme des terroristes.

Tenant compte de l’échec égyptien, le président turc Recep Tayyip Erdoğan vient de réaliser un bond de géant. Qui est assez naïf pour croire au fruit du hasard ! Tout le monde avait sous-estimé cet homme, sauf les qatariens et pour cause. Erdogan a réussi en moins de 15 jours à mettre au pas l’armée, la police, la justice, l’éducation nationale, les médias … et, c’est assuré que la population le suit sur son sentier. La prochaine étape est tout aussi simple, s’approprier par la « crainte de représailles » de tout l’outil économique turc. Tous les patrons turcs sont conviés à devenir les « meilleurs patriotes » s’ils veulent diriger leurs entreprises.

Si le projet « Tamkine » a été travaillé en Suisse où résident de nombreux savant de la Confrérie, il fallait un homme capable d’accepter un destin peu ordinaire. Pour convaincre Erdogan qu’il devait être porteur du Tamkine de la Confrérie, le jeune émir du Qatar fut envoyé pour faire alliance. Un grand pays comme la Turquie, un argentier comme le Qatar, malgré la crise des hydrocarbures, et la force de la Confrérie des Frères Musulmans dans les pays du Moyen Orient et au-delà, l’ensemble devient consistant. Erdogan connaît sans doute la citation de Jeremy Kitson « Le destin n’est pas une question de chance, c’est une question de choix. Ce n’est pas une chose à être attendu, il est une chose à atteindre. »

D’aucuns diront que l’auteur de cet article se trompe sur la force réelle de Recep Tayyip Erdoğan d’être porteur d’un tel projet. D’autres diront que les Frères Musulmans ont le genou à terre et qu’ils ne peuvent se relever. Ces événements sont à situer dans un contexte où à terme l’Organisation de l’état islamique pourrait être vaincue sur le terrain, mais disséminée dans tout le Moyen Orient et peut être au-delà. Le monde aura besoin d’un allié au sein de l’islam pour le combat idéologique qui s’en suivra. Il est possible que la Confrérie offre ses services pour bâtir l’argumentaire. Elle demandera en échange que la Turquie puisse devenir un laboratoire grandeur nature du nouveau Tamkine de la Confrérie…

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