Billet du 12 décembre 2014, les finances, le nerf de la guerre même dans le Golfe

L’Arabie saoudite est sur beaucoup trop de fronts pour qu’elle soit efficace, ou alors elle doit “booster” son organisation. Les investisseurs internationaux volatiles préfèrent quitter le Golfe pour aller vers les pays consommateurs de pétrole. Mais ils reviendront …

Les bourses du Golfe souffrent du manque de visibilité

Vouloir affaiblir l’Iran, combattre Daesh, diminuer la puissance russe, ramener un peu de calme au Moyen Orient et faire rentrer dans le rang le Qatar et tout le reste, même la grande Arabie saoudite est sur trop de fronts à la fois pour être efficace. Mais a-t-elle le choix ?

David Gardner du « Financial Times » parle à propos de l’Arabie saoudite d’un « calme surnaturel ». Il donne son explication à cette attitude et sa formule finale est un vrai délice « Les cours du pétrole sont influencés par l’offre et la demande. Mais aussi par la haine. »

L’intervention en Irak il y a quelques jours, des avions de combats iraniens, même rafistolés, a montré à l’Arabie saoudite que l’Iran s’installait dans la partie chiite de l’Irak avec une certaine bienveillance des insaisissables américains. Au lieu de mettre toutes ses forces pour conduire la lutte contre Daesh afin de réunir les tribus sunnites de l’Irak et créer le Sunnistan, l’Arabie saoudite s’éparpille sur tellement de dossiers qu’un matin elle va se réveiller avec un Iran installé sur la moitié de puits de pétrole irakiens.

La baisse des cours du pétrole, en partie à cause de l’Arabie saoudite risque de « fatiguer » ses vassaux anciens et nouveaux qui ont besoin de cet argent, comme les Emirats Arabes Unis, le Koweït, Bahreïn et Oman. Pour le Qatar le mal est moindre, car son gaz subit moins cette dégringolade des prix, notamment parce que les accords avec le Japon, son premier exportateur, tirent vers le haut la moyenne des prix pratiqués, mais pour combien de temps, alors que le Japon s’enfonce dans la récession. Le calme à peine revenu, cela pourrait ne pas durer au sein des pays du Golfe, pour une histoire d’argent on peut se fâcher.

Plus inquiétant est le départ des investisseurs internationaux volatiles qui préfèrent quitter le Golfe pour aller vers les pays consommateurs de pétrole. Si l’Arabie ne change pas d’avis elle devrait ouvrir sa bourse aux marchés internationaux l’an prochain, comme certains de ses voisins, mais si la tendance baissière actuelle se confirme, cela pourrait s’avérer inopportun.

L’Arabie saoudite n’a pas le choix elle doit aller de l’avant

Elle vient de retrouver de façon magistrale son leadership sur tout le Moyen Orient en ramenant dans la classe l’impertinent élève « Le Qatar », alors ce n’est pas le moment de faiblir. Elle a besoin de fonds importants, non pas pour son budget calé à moins de 30 dollars le baril, mais pour nourrir ses amis et vassaux dans la difficulté, en premier lieu le gouffre sans fond (s) de l’Egypte. Quand Al Sissi décide de s’offrir 24 Rafales et 2 Frégates FREMM et quelques autres joujoux pour Noel, il sait qu’il aura la caution de l’Arabie saoudite. La France peut dormir tranquille « les saoudiens paient toujours ».

Puisque elle n’a pas le choix, l’Arabie saoudite doit prioriser les travaux d’Hercule qu’elle entreprend et l’engagement en Irak d’une manière massive doit être mis en première position. Les américains qui ne sont jamais très clairs dans cette partie du monde ne renoncent à rien, ni aux frères musulmans, ni à un accord avec l’Iran, ni à installer un deuxième « Israël  » au Kurdistan. Il devient urgentissime pour les saoudiens de « recruter » pour conduire l’ensemble des projets.

Quant aux investisseurs internationaux volatiles, ils reviendront dès que cela ira mieux, la seule patrie et le seul dieu qu’ils ont est le fric.